|
|
MILANO - SANREMO, 289.3 km
1. Eugène CHRISTOPHE (Fra) en 12h24'00"
2. Giovanni Cocchi (Ita) à 1h01'
3. Giovanni Marchese (Ita) à 1h17'
4. Enrico Sala (Ita) à 2h06'
Inscrits : 94
Partants : 63
Classés : 4
Moyenne : 23.314 km/h
Les partants :
1 PAUL Ernest (Fra)
2 GANNA Luigi
3 GALETTI Carlo
4 MASSELIS Jules (Bel)
6 VAN HAUWAERT Cyrille (Bel)
7 CUNIOLO Giovanni
9 BRUSCHERA Mario
11 FIASCHI Luigi
12 GARRIGOU Gustave (Fra)
13 PAVESI Eberardo
14 CHRISTOPHE Eugène (Fra)
15 TROUSSELIER Louis (Fra)
17 DUBOC Paul (Fra)
18 LAPIZE Octave (Fra)
20 CHIODI Luigi
21 ALBINI Pierino
22 CITTERA Domenico
23 LIGNON Henri (Fra)
24 BENI Dario
25 SANTHIA Giuseppe
26 DANESI Battista
27 MASSIRONI Andrea
28 CANEPARI Clemente
29 BROCCO Maurice (Fra)
30 DORTIGNACQ Jean-Baptiste (Fra)
32 MICHELETTO Giovanni
33 POGLIANI Luigi
34 SIVOCCI Alfredo
35 SALA Enrico
36 BRAMBILLA Giuseppe
37 AZZINI Luigi
38 AZZINI Ernesto
40 MARCHESE Giovanni
41 PESCE Mario
43 ROSSIGNOLI Giovanni
45 GALLIA Piero
49 FIORE Pierino
51 COCCHI Giovanni
52 MATTEONI Domenico
53 PROVINCIALI Andrea
59 PAOLUCCI Curzio
62 AIMO Pietro
63 GALOPPINI Arnolfo
65 CONTESINI Giuseppe
67 RHO Augusto
69 BEAUGENDRE Omer (Fra)
70 BORGARELLO Vincenzo
71 PETIVA Emilio
73 LAMPAGGI Piero
74 PETIT-BRETON Lucien (Fra)
75 MAIRANI Carlo
77 TERRANEO Pierino
78 DILDA Giuseppe
80 GAMBERINI Ildebrando
82 LEONARD Edouard (Fra)
84 CHIRONI Emilio
85 COLOMBARO Silvio
86 CERVI Giovanni
87 GARAVAGLIA Gaetano
88 BEGLIA Francesco
92 ZAVATTI Attilio
93 MENAGER Constant (Fra)
94 GOI Sante
Disputé le 3 avril 1910 sous des conditions
terribles : la pluie, le froid et la neige.
Luigi GANNA (Ita) arrivé 2° à 39'30" est déclassé pour avoir
été surpris à bord d'une voiture.
Piero LAMPAGGI (Ita) arrivé 5° à 2h06"00 est déclassé.
Sante GOI (Ita) arrivé 7° est non classé pour arrivée après
le fermeture du contrôle.
Eugène Christophe ne possède pas, loin s'en faut, le
palmarès le plus représentatif ni le plus boulimique du
cyclisme Français et encore moins du peloton international,
en revanche, les épreuves qu'il s'ingénia à dompter le
furent d'une manière tout à fait extraordinaire. Bien avant
l'icône le représentant re-brasant sa fourche brisée, sous
l'oeil "insalubre" d'un commissaire récalcitrant, du côté de
Sainte Marie de Campan, au pieds des cimes Pyrénéennes lors
de la Grande Boucle de 1913, le gamin de Malakoff s'était
déjà distingué, de l'autre côté des Alpes, à l'occasion d'un
Milan San Remo 1910 apocalyptique.
Nous sommes le dimanche 3 avril 1910 et les 63 courageux qui
s'agglutinent, alors, sur la ligne de départ, ressentent,
déjà et inexorablement, les prémices insidieuses du
cauchemar qui les accompagnera toute la "sainte" journée.
Les 290 bornes de l'épreuve s'annoncent, en effet, des
plus dantesques. Le ciel bas, le froid glacial et la tempête
de neige qui sévit lors de cette quatrième édition embrument
les faciès congestionnés et éberlués des suiveurs, pourtant
rares à cette époque, et des organisateurs locaux. Le train
de sénateurs emprunté, pour la circonstance, par le
serpentin humain, n'en est que plus irrationnel. Ainsi, se
faufile t'il cahin-caha, en ordre presque martial jusq'aux
contreforts machiavéliques du Turchino.
A l'approche de celui-ci, dans ce paysage d'une austérité
alarmante et d'une désolation sans nom, le blizzard a
redoublé d'effroi et la température avoisine
l'insupportable. Le mercure enregistre, alors, une descente
vertigineuse vers le néant, ce même néant qui transpire dans
le subconscient, fragilisé à l'extrême, de ces "Gladiateurs
de l'apocalypse". L'ascension du col, ultime rempart avant
de fondre et de rejoindre le bord de mer, est toujours
envoûté par les frimas et appréhendé, par un peloton transi,
de façon collégiale. Les coursiers qui composent ce
"macabre" enchevêtrement de corps désarticulés sont
frigorifiés, les pieds deviennent insensibles, les jambes
sont raidies et durcies par tant d'agonie et les mains sont
crispées et épousent les cocottes de freins comme jamais
auparavant.
Eugène Christophe, quant à lui, ne fait pas exception à la
règle et à l'instar de ses compagnons de galère, le "Vieux
Gaulois", arc bouté, sur sa monture, se bat tel un démon,
contre les éléments contraires. Au détour d'un lacet, le
"Titi Parisien" saute de sa machine prestement, malgré
l'engourdissement, et commence un étirement en règle. Le
peloton a, depuis longtemps, volé en éclats et les rares
coureurs qui n'ont pas encore bâchés sont, désormais,
éparpillés au sein de ce "no mens land" lunaire.
Lorsque le Français franchi, enfin, le tunnel qui délimite
le sommet du Turchino, la chaussée est absente car
abondamment enneigée. Par endroit, des couches de poudre
blanche de vingt centimètres rend caduque tout acheminement
raisonnable. Il devient irréel de progresser à bicyclette.
Christophe souffre le martyr, le froid le tenaille et les
crampes commencent à diligenter leurs "poisons" dans son
organisme passablement entamé et soumis à rude épreuve. Son
estomac est victime de maux terribles et cruels dus à la
malnutrition. La plupart du temps, à pied, il converge,
aveugle, vers une destiné incertaine.
Las, adossé à un rocher salvateur, le "Vieux Gaulois"
attend. Quoi ? il n'en sait fichtrement rien ! Toujours est
il qu'à un moment donné, il subodore plus qu'il n'aperçoit
une ombre dans cette Sibérie Alpine. Cette ombre se libère,
imperceptiblement, de sa chappe opaque et ses contours
apparaissent, enfin, rassurantes. "Gégène" hèle, alors, à
pleins poumons ce sauveur venu du "diable vauvert".
L'inconnu, paysan hirsute, conduit l'infortuné coursier
jusqu'à une auberge bienvenue où le tenancier du lieu le
fera se dévêtir afin de sécher ses vêtements souillés et
trempés. Enroulé dans une couverture de laine, généreusement
offert par son hôte providentiel, le "Vieux Gaulois", de
nouveau guilleret, ingurgite, englouti même, un grog
bouillant. Rasséréné et gonflé à bloc, par cette obole,
improbable quelque instant auparavant mais ignorant tout de
la situation de la course, le Français, tel un grognard lors
d'un remake de la "Campagne d'Italie", chevauche, pour la
énième fois, sa monture, rejoint le bord de mer et file
ardemment et vaillamment vers San Remo. A 25 printemps,
Eugène Christophe, remporte cette "Primavera" d'anthologie.
Quatre rescapés, seulement, se présenteront sur la Via Roma,
terme de cette course hallucinante.
Un mois de soins dans une clinique lui seront nécessaire
pour recouvrer l'intégralité de ses membres endoloris et
deux longues années pour retrouver la plénitude de son
potentiel initial. Ces deux saisons blanches lui permettront
de se reforger une condition telle, qu'à l'aube de l'année
1913, un forgeron pyrénéen qui tenait boutique au pied du
Tourmalet, verra apparaître, un jour de juillet, un coursier
pas comme les autres...
Michel Crépel
|
Accueil
|